Les amoureux croient en eux, les amoureux se doivent d'être deux
L'un pour enfoncer le pieu et l'autre pour lui dire adieu
Leur monde est bien plus étroit que celui de notre quotidien
Leur hécatombe rendue maladroite, comme un suicide anodin
Comme si s'éprendre de celle qui t'aborde avec la rengaine de son charme
C'était se pendre à la corde qui t'enchaîne à son âme
Eprouver des pincements au c½ur sans mise en garde contre les sentiments
Pour se prouver qu'on est vivant et la douleur nous garde conscient
Et prohiber la vie sans elle, vivre toujours en esclave
S'inhiber de l'envie d'elle, ivre d'amour et de son enclave
Les amoureux ont des ailes pour nager dans le ruisseau de leur chagrin
Ils sont heureux et artificiels, et vont se noyer en se tenant la main
Les amoureux ont des nageoires pour voler au-dessus des misères, les nôtres
Ils sont heureux et ignares, et vont s'écraser l'un sur l'autre
L'un se laisse transpercer le c½ur d'un émoi infini qui assèche ses pensées
Rien qu'une caresse sans douleur, le carquois rempli de flèches empoisonnées
Cupidon, Venus et Aphrodite ne sont que des barbares un peu frivoles
Cupides bouffons qui ne fussent qu'hypocrites à chaque regard, chaque paroles
Le sang coule à flots quand un c½ur se fragilise avec le temps
Deux amants qui roucoulent là-haut se meurent à la guise d'un printemps
Et il suffit d'une bourrasque qui les emporte pour faire leur deuil
Un paradis fantasque qui les réconforte dans leurs linceuls
Les amoureux ont le sourire pour cacher leur souffrance intérieure
Ils sont heureux et se laissent mourir, mâchés à la cadence de leurs peurs
Les amoureux ont le regard vide pour l'emplir du visage de leur bien-aimé
Ils sont heureux et candides, ils respirent le parfum volage de leur vie oubliée
L'interstice qui sépare leurs corps ne cesse de rétrécir
Tel un sacrifice diffamatoire à leur sort et leur avenir
Ce sont deux amblyopes qui s'abreuvent de leur sang respectif
Qui sont vieux misanthropes quand pleuvent des instants dépressifs
La rigueur n'est plus de taille face à leurs espoirs oniriques
Trop de pleurs, trop de failles s'effacent dans le noir lyrique
C'est une réalité à peine tangible qu'ils vont aduler dans leur sommeil
Et la vérité fera de la peine aux plus sensibles et des regrets au réveil
Les amoureux ont un c½ur dont ils ne savent se servir
Ils sont heureux dans le malheur et s'enclavent dans le pire
Les amoureux ont la raison obstruée par des illusions
Ils sont heureux et un peu cons de s'entretuer par passion
24 Octobre 2005